La route
Je partais, seule, sans date de retour, mais l’actualité nous a tous rattrapés
Départ

Au départ, les préparatifs pour un voyage sans réelle destination, mais quelques arrêts rêvés de longue date. D’abord, il y a ce long cheminement autant physique, cérébral que fantasmé. Ensuite, dans un état second, une euphorie intérieure s’empare de moi.
Jusqu’au claquement de porte, l’annonce de la prochaine étape.
Je suis très excitée. C’est toujours l’Europe mais je ne la connais pas. J’imagine déjà mes nouvelles rencontres, des paysages si différents que ceux des pays chauds où j’ai vécu. Je commence par l’Angleterre, l’Ecosse, après je ne sais pas. Parfois, je laisserai la voiture pour partir à pied d’une île à une autre. J’aimerais aussi parcourir toute la côté du nord de la France jusqu’à la Norvège…

La route

Je m’engouffre sur ces routes qui défilent devant mes yeux. Un long travelling avant . Etrange, je parcours ces paysages traversant grêle, neige, brouillard, pluie, orages…
L’impression de pénétrer un monde parallèle. Un couloir dans lequel je dois m’engager, oubliant la longueur du temps.
Paradoxe ou double entrée  ? D’un côté, l’espace temps du territoire latéral, je n’en aperçois que des fragments, à droite, à gauche. Je sais que tout existe depuis longtemps, changeant au gré des saisons ou de l’humeur des hommes.
Comme la projection d’un film sur les parois du couloir.

Ouvrir les yeux est un antidote au désespoir,
Sylvain Tesson

Les essuie-glaces battent la mesure. J’en connais la musique, s’ils s’emballent, je ralentis, si les battements mollissent, j’accélère.
Les éléments recèlent des nuances. Avec l’orage, les trombes d’eau s’écrasent sur mon pare-brise, presto, fortissimo. Puis, la pluie se fait moins violente, de forte à mezzo forte. Une autre vallée et là la grêle va allegro, mezzo forte, remplacée par la neige, rallentando, de mezzo forte à mezzo piano avec moderato. Le brouillard vient s’immiscer, pianissimo en passant de lento à largo.

Dans ce couloir, je discerne d’autres véhicules, je les croise sans vraiment les voir. Je double, je continue, je trace mon chemin. Il est tard quand je m’arrête à Calais pour la nuit.

Le matin, je reprends ma voiture, cette fois-ci, le couloir a un nom, le tunnel sous la manche . Je suis curieuse de me retrouver sous cette immensité d’eau.

La zone avant de prendre le tunnel, en France et la zone après, en Angleterre sont très, très protégée, fils barbelés, grillages, barrières, murs, un no man’s land impossible à franchir. Une frontière.
La durée de mon voyage dans le tunnel m’a paru presque plus courte que la traversée de ces deux fameuses zones  !

    Idées livres

  • L’aventure, pour quoi faire ? (Plusieurs auteurs).
    Magnifique, on est proche de l’essai littéraire, 11 écrivains, journalistes, reporters… répondent à la question.
  • Sur la route de Jack Kerouac.
    Un état d’esprit plus qu’un livre, un classique à lire.

La chose semble totalement banale, un peu comme nous franchissons un péage d’autoroute. Et pourtant nous sommes à 80m sous le niveau de la mer. Je suppose que Jules Vernes ou Arthur C. Clarke jubilent ! Au bout de 35 minutes je suis sur les terres anglaises.

Retour

Le jour où le confinement est décidé en France, je suis à Hastings depuis 19 jours. Pour le Royaume-Uni, le virus paraît inexistant, mais 10 jours après l’urgence explose, Londres devient très vite un des lieux les plus exposés. Je décide de partir la veille du discours de Boris Johnson.

Me voilà à nouveau sur la route. Il est 4h du matin, je pars rejoindre le ferry de 6h30, Dover, Calais.
Partie pour un voyage de plusieurs mois, je reviens à mon point de départ.
D’une manière ou d’une autre, tout le monde est affecté par cette pandémie.

Je n’éprouve aucun sentiment de déception, je suis plus déconcertée, désorientée. Je m’étais projetée sur plusieurs mois et soudain tout s’arrête. Je file vers mon confinement sans savoir si le projet sera encore d’actualité… après.

Il fait très beau, un ciel sans nuages. Piano, Adagio  !
Personne sur la route. Je conduis pendant 7 heures, ne croisant que quelques camions. Je n’ai jamais vu autant de corneilles sur les aires de repos où parfois je suis seule, «  pas âme qui vive  ».

C’est impressionnant, j’ai dû m’introduire dans un portail vers un monde parallèle  ! J’enfile le bitume, je glisse. Les seuls bruits viennent de moi.
Les villages sont méconnaissables. Le temps splendide crée un mystère encore plus dense, trottoirs vides, places désertes. L’asphalte semble plus noir, les champs plus verts, le ciel plus bleu…

Arrivée dans le Jura d’où j’étais partie il y a un mois.

PHOTOGRAPHIE

Pour la première fois j’ai utilisé mon mobile pour la plupart des photos. J’avais disposé un petit pied photo juste devant moi contre le pare-brise. Ca me permettait de prendre les photos de la route quand je voulais ou plutôt quand je pouvais ! Sinon, j’ai utilisé mon fuji XT3.