Murmures

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MURMURES

Léonard de Vinci dans un de ses carnets conseille pour « exciter l’esprit à diverses inventions », « de contempler les murs souillés de taches informes ou fait de pierres bigarrées… On y trouve des paysages de montagne, des arbres, des batailles, des figures aux gestes vifs, des visages et costumes étranges. »

Conversations avec les murs

Le mur est une construction protectrice ou séparatrice, qui isole ou unit.
A vouloir l’interroger, le contourner, le dépasser ou au contraire l’affronter, c’est alors nous-mêmes que nous questionnons.
Il peut-être l’indication d’une inquiétude, d’un mal-être, d’une faiblesse ou l’expression d’une force reflétée par la matière.

Entre espaces physiques, mentaux, temporels, matériels, le mur s’expose dans une forme et un espace infinis.

Le mur reflète nos paradoxes, nos contradictions. Il est la barrière entre deux mondes, celui que je désire et l’autre qui me fait peur, il est l’obstacle.
Devenu symbole d’espoir ou de désespoir pour les Hommes.
Traduit la présence de l’homme et exprime sa vision du monde.

« Étant donné un mur, que se passe-t-il derrière ? »
(Jean Tardieu, cité par G. Perec, Espèces d’espaces, Paris, Galilée, 1974/2000, p.77)
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Que racontent les murs ?

 

Le mur, là, devant nous n’a rien à voir avec le hasard. Le mur dessine peu à peu ses formes, sa matière, sa fonctionnalité et un jour il ouvrira sa porte, mais pour qui, et dans quel sens ?

L’espace a été choisi, réfléchi, aménagé ou simplement utilisé parce qu’il était déjà là.

En effet, le mur appartient toujours à quelqu’un, même lorsqu’il sépare deux zones.

La Corée du Nord, le Maroc, les USA, Israël, le Cachemire en Inde, etc. Ils ont chacun leurs murs, édifiés pour des raisons politiques, économiques ou militaires. Et déjà ils racontent l’histoire de ces pays, de ces hommes.

J’ai décidé de parler des murs qui m’entourent, ceux qui ont croisé ma route, ces anonymes qui m’ont touchée.

Paradoxe du mortel, vivre avec les autres en ayant conscience de sa solitude. Il croit depuis fort longtemps que la vue de l’autre peut être un danger. Il est dans l’obligation de se protéger. Se cacher est un réflexe de sauvegarde.

Il y a ce que l’on voit, ce que l’on perçoit devant ces silences de pierres, qui nous écoutent encore et toujours.

Intimité, pudeur, elles nous cachent des regards du dehors. Nos cris, nos joies, nos pleurs peuvent rester discrets, nos souffrances ignorées.

Est-il possible que le mur puisse être notre plus grand confident comme notre plus grand ennemi ?

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Murmures

 

J’ai d’abord photographié des murs abandonnés, expériences qui m’ont semblé restreintes.  Ensuite j’ai filmé les murs habités, ceux que je nomme les murs aux épaisseurs économiques à qui nous attribuons des références sociales. C’est un temps plus charnel.
À la fois, ces lieux sont plus ouverts, on a plus de proximité, ce serait donc l’homme et moins le mur qui ferait barrière à l’extérieur.

En décidant de filmer les façades, je passe à une autre étape.

Me portant d’abord vers un état contemplatif, le film me fait vivre l’expérience des corps des autres. Le côté frontal du mur, les bruits des gens, c’est comme si je percevais les corps invisibles, leurs frôlements.
Des visages, des histoires, la vie des hommes.

…Le mur traduit la présence de l’homme et exprime sa vision du monde